Un nouvel émissaire américain est en Haïti cette semaine, en l’occurrence l’ambassadeur Todd D. Robinson.
M. Robinson, secrétaire d’État adjoint du Bureau international chargé de la lutte contre les stupéfiants et de l’application de la loi (INL), s’est clairement exprimé : « Aux Haïtiens et non à la communauté internationale de rétablir la sécurité en Haïti. »
Quelques jours avant, c’est le chargé d’affaires Kenneth Merten, qui joue le rôle d’ambassadeur des États-Unis en Haïti, qui avait lui aussi clairement affirmé : « Nous ne voulons pas que l’on nous accuse d’ingérence. C’est pour cela que nous voulons encourager tous les acteurs à se battre ensemble pour s’assurer de l’avancement du pays. »
Ces messages sont-ils entendus et compris ?
Pas sûr.
À chaque fois que les autorités américaines s’expriment et ne vont pas dans le sens souhaité par les Haïtiens, on dit qu’ils veulent dire le contraire de ce qui est publiquement dit.
Depuis la présidence de Jovenel Moïse, les Américains prescrivent aux Haïtiens de s’entendre. Rien ne se passe. Chacun tourne et détourne la formule pour faire à sa guise ou pour ne rien faire.
Après l’assassinat du président Moïse, alors que le pays s’épuise à chercher un accord, les émissaires américains soulignent encore et encore la nécessité d’une entente entre des parties haïtiennes qui n’ont que peu de poids sur l’échiquier et presque aucune prise sur la réalité. Rien ne se passe. Les décideurs politiques haïtiens disent tous qu’il leur est demandé de persévérer dans la direction qui leur semble la meilleure pour leurs seuls intérêts.
Alors que la politique est devenue le cadet des soucis d’une population qui ne peut plus trouver une goutte d’essence et qui assiste à sa paupérisation au quotidien, les responsables haïtiens et ceux qui aspirent à diriger le pays refusent de comprendre que les problèmes de gouvernance et de sécurité sont avant tout des problèmes haïtiens. On ne pourra peut-être pas les résoudre seul mais aucun Blanc ne viendra mourir pour Martissant ou pour remplir nos gallons jaunes.
«Aidez-vous, le ciel vous aidera» semble être le credo de la communauté internationale tout entière après qu’elle a aidé à faire d’Haïti cette entité parfaitement chaotique et ingouvernable.
Kenneth H. Merten a dévoilé la ligne décidée par l’administration Biden : «Problèmes haïtiens, solutions haïtiennes.»
Ensuite, Derek Chollet, conseiller du président Biden, se serait, selon ses propres dires, adressé en ces termes au ministre des Affaires étrangères, M. Claude Joseph : « J’ai également exhorté le gouvernement haïtien à travailler avec toutes les parties prenantes sur un accord politique inclusif dirigé par les Haïtiens ».
Pour finir en beauté la semaine, les Américains ont fourni à la Police nationale d’Haïti des pick-up Toyota à la place des véhicules blindés espérés.
De belles photos des ambassadeurs Merten et Robinson sont disponibles. Encore une fois, le message est clair: nous n’allons pas résoudre vos problèmes à votre place.
Les Haïtiens vont-ils prendre toute la mesure de leur situation ?
Rien de moins sûr pour le moment.
Mardi, alors que la livraison du carburant est toujours impossible et le centre-ville de Port-au-Prince en train de se transformer en nouveau champ de bataille, le Conseil supérieur de la police nationale (CSPN) a donné une conférence de presse pour étaler les incapacités de la PNH et des Forces Armées d’Haïti à assurer la libre circulation des marchandises. Après la conférence de presse, le CSPN a tenu une réunion avec le premier ministre.
Donner une conférence et ensuite tenir réunion, on ne sait plus si le CSPN a fait la démonstration de la charrue avant les bœufs, de la charrue sans les bœufs ou une illustration haïtienne de ni bœufs ni charrue.